Le Crépuscule d’Aurore

« Aurore Reed est demandée au comptoir d’enregistrement. Dernier appel pour Aurore Reed au comptoir d’enregistrement. »

Aurore, bientôt trente ans, est une jeune femme qui répand autour d’elle une réelle joie de vivre. Personne ne peut s’imaginer que, derrière les apparences, elle dissimule son lot de secrets et de blessures.

Le dernier jour de ses vacances en Nouvelle-Calédonie, une île française du bout du monde, elle disparaît.

Ce mystère va entraîner la police de Nouméa dans une enquête sans répit  pour retrouver sa piste. Les langues vont se délier, les secrets  d’Aurore éclater au grand jour et être exposés aux jugements de tous. Un  à un, les masques vont tomber.

Dans cette histoire rythmée et au dénouement palpitant, Rose nous immerge dans la vie riche en émotions d’Aurore et nous fait naviguer dans la complexité de l’âme humaine.


CE QUE PENSENT LES LECTEURS :

Thierry É. : Très bonne lecture, bien prenante et dont on a du mal à se séparer après l’avoir commencée. Le mélange des genres entremêle une progression de l’enquête avec un approfondissement des caractères des personnages et de leur histoire. Je recommande complètement, à lire sans modération.

Marie D. : J’ai pris un immense plaisir à lire « Le Crépuscule d’Aurore : enquête au bout du monde ! » Toutes les descriptions des sites idylliques m’ont vraiment donné envie de visiter ce pays somptueux mélange de montagne et d’océan. Le suspense est haletant ! Toutes les ficelles du polar à la Christie sont exploitées habilement. Que dire de plus sinon encore une fois que je recommande XXL ce roman de Rose !


1

Retrouvailles

Elles marchaient vers les Marmites. Les Marmites du Diable. Elles ne savaient pas encore que la terrible prophétie liée à ce lieu allait à nouveau frapper… et les séparer pour toujours.

Elles avançaient côte à côte et leurs bras se frôlaient. Chaque fois que cela se produisait, les joues d’Aurore rosissaient et le cœur de Clémence atteignait des valeurs limites. Le vent ébouriffait leurs cheveux, y emmêlant des odeurs d’eucalyptus citronné. La discussion était légère, mais le poids du secret la teintait d’amertume.

Si Clémence réussissait à mettre en pause sa vie réelle pour embrasser l’instant présent, Aurore était plus soumise aux aléas de ses émotions contradictoires.

– Pourquoi tu fais tout le temps « non » de la tête quand tu me regardes ? demanda Clémence en s’arrêtant, obligeant son amie à se tourner vers elle.

– Parce que, ce que je ressens, quand je suis avec toi, c’est… c’est pas bien. Mais en même temps, c’est si bon.

En disant cela, la tête d’Aurore avait repris son mouvement de dénégation. Elle ferma les yeux lorsque la jeune femme au regard noisette posa une main sur sa joue ; son souffle s’apaisa à ce doux contact. Elle n’était plus si jeune, mais, pour Aurore, elle resterait toujours l’amour de son adolescence.

Elles poursuivirent sans un mot leur randonnée, traversant maintes fois la Dumbéa, plus ou moins asséchée selon les endroits. Après une heure de marche, elles atteignirent un immense trou d’eau. L’accès aux Marmites était sauvage, non balisé. Seul un Calédonien1 pouvait vous y emmener. La Métropolitaine au regard azur, qui découvrait le site, laissa s’échapper un « wouaw » d’émerveillement. Le soleil, encore haut, peignait le bleu profond de ses rayons blancs et l’on aurait pu croire que des lucioles s’étaient posées à la surface.

Clémence n’avait d’yeux que pour Aurore. Elle avait toujours aimé sa capacité à s’émerveiller, à voir chaque beauté de la vie et à en apprécier chaque instant. Sur son visage hâlé s’étaient déposées des étoiles et le cœur de Clémence battait de plus en plus fort.

– J’ai trop envie de me baigner ! dit Aurore en empoignant son sac à dos, où s’entassaient ses affaires. Je vais me mettre en maillot, tu peux te tourner, s’il te plaît ?

La Calédonienne se renfrogna.

– Je t’ai déjà vue nue, je te rappelle.

– Je sais, mais ce n’est pas pareil.

Quelques secondes après, Clémence sentit des gouttes glacées éclabousser ses mollets tandis qu’un rire cristallin arrivait à ses oreilles.

– Allez, viens, rabat-joie !

Clémence prit le temps de la contempler avant de la rejoindre. La transparence de l’eau laissait deviner ses jambes et son dos musclés qui la propulsaient vers l’autre rive. Quand ses yeux se portèrent sur ses fesses rebondies, elle tressaillit. Elle plongea à son tour pour calmer son ardeur et le feu de ses joues. Aurore ne se rendit compte de rien, trop absorbée par la fraîcheur de l’eau qui accompagnait ses frémissements de bonheur.

Elles nagèrent en silence pendant un long moment. Aurore s’amusa ensuite à essayer d’atteindre le fond du gouffre, en apnée, tandis que sa partenaire, fine et athlétique, réalisait des sauts depuis les hauteurs. La belle aux cheveux bruns avait fini par sortir la tête de l’eau pour l’observer. Saisie par le froid, à force de rester immobile, elle se glissa sur un rocher aussi chaud qu’une marmite sur le feu. Elle regardait Clémence, pensive, et de légers frissons parsemaient son corps. Lentement, la chaleur pénétra chaque parcelle de sa peau. Elle soupira de bien-être pendant que la plongeuse arrivait vers elle en crawlant.

Alors que cette dernière venait de la rejoindre sur l’immense galet noir charbon, Aurore décida de lui poser une question qui la travaillait depuis quelques jours :

– Pourquoi tu m’as dit tout ça ? Tu sais… que je te plaisais toujours et que tu ne m’avais jamais oubliée. Car ça nous chamboule bien alors je… je me demandais.

– C’est pour ça que je me suis excusée tout de suite après t’en avoir parlé.

– Oui, je comprends mieux maintenant, dit Aurore, riant au souvenir de l’air embarrassé de Clémence après ses aveux.

– En fait, j’espérais que ce soit réciproque et j’avais besoin de savoir. Je voulais ne rien regretter.

Un sourire irradiait sur le visage d’Aurore, son cœur vibrant de soubresauts incontrôlables. Pourtant, sa tête faisait toujours non. Elle avait tellement envie de cette femme, envie de l’embrasser, de la toucher, mais elle s’était juré de ne jamais tromper son mari.

Clémence se leva et tendit ses mains pour aider son ancienne compagne à se relever… Elle l’attira vers elle. Après une seconde d’hésitation, la belle Française se laissa enlacer.

Pour la première fois, depuis bien longtemps, leurs peaux s’effleuraient. Clémence sentait les seins d’Aurore appuyés contre les siens et Aurore la douceur des mains de Clémence sur son dos.

Sa tête posée au creux de son cou, elle embrassait de son regard pétillant chaque détail pour s’en imprégner : le bleu du ciel, le notou2 au chant sourd, la peau couverte d’éphélides de Clémence. Sa poitrine se gonfla d’un profond soupir et l’odeur si particulière de la chevelure châtain clair vint à son tour se graver dans sa mémoire, se mélangeant aux souvenirs heureux. Elle se sépara de l’étreinte pour se jeter dans ses yeux pain d’épices, pailletés d’or. Posant sa main sur le cœur de Clémence, elle le sentit cogner fort à travers ses côtes. Pour la première fois, au lieu de détourner son regard, Aurore alla chercher au plus profond de l’âme de son premier amour la force qui lui manquait.

Clémence n’en pouvait plus. Chaque cellule de son corps n’aspirait qu’à se mêler à celles de la brune envoûtante. Elle en vibrait d’envie. Après tant d’années, elle ressentait encore tellement de désir ! Comment avait-elle pu s’éloigner d’elle ? Elle appuya son front contre le sien, épuisée de tous les bonds de son cœur.

Aurore sentait le souffle à peine maîtrisé de Clémence. Quand celle-ci posa ses lèvres sur les siennes, enfin, elle ferma les yeux. Les lucioles sur l’eau se transformèrent en feux d’artifice.

Elles venaient de franchir la ligne invisible qui allait faire basculer leurs destins. Le baiser interdit avait traîné hors de son trou le Diable de la prophétie…

1Diminutif couramment employé pour désigner les Néo-Calédoniens, habitants de la Nouvelle-Calédonie.

2Oiseau endémique au chant caverneux peuplant les forêts calédoniennes.

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